A vos fourchettes, prêts, partez

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Tour du Mont Blanc : Bien plus qu’une randonnée

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J-3 Julie est déjà chez sa famille près d’Annecy. Moi? Je travaille encore, je la rejoindrais Samedi dans l’après-midi. Ça y est, je suis enfin libre! Dernière soirée seul avant de prendre le train. C’est la course … Ma Gopro m’a lâché, tant pis pour moi je ferais sans. Mais mon Reflex m’accompagnera durant ce périple, oui c’est un poids mais je ne peux pas m’en passer. Le Gare de Lyon déborde de monde, j’ai du mal à me frayer un chemin. Dans le train, je ne tiens plus en place, attendant patiemment l’arrivée en Gare d’Annecy. Le Tour du Mont Blanc  … C’est maintenant !

 

La Haute-Savoie : Théâtre de nos futurs exploits

Vendredi soir, enfin, je suis en vacances. Il pleut … Voilà une bien bonne nouvelle. A vrai dire je m’en fou, le boulot est fini et ça suffit à me donner le sourire. Une des plus belles randonnées d’Europe, voir du monde, va bientôt m’ouvrir ses portes. Dans moins de deux jours pour être précis. Les sacs ne sont pas vraiment prêts. C’est fou comme c’est compliqué! Et ça je prends? Et j’emmène combien de chaussettes? Bref, un petit casse-tête, surtout quand c’est notre premier trek d’une semaine. Et des bâtons de rando alors? J’ai longuement hésité et en ais finalement pris, j’espère m’en servir un minimum. La grande sœur de Julie, ayant fait notamment un trek au Groenland, m’affirme que c’est ESSENTIEL. On verra bien.

Le jour J approche tout doucement. Dernier repas de roi, dernière douche et dernière nuit dans un vrai lit. Demain, nous prendrons notre covoiturage au départ d’Annecy.

 

7h30 nous voici déjà sur la route, en direction des Houches, point de départ du TMB (Tour du Mont Blanc). De magnifiques montagnes s’offrent à nous, avec l’étrange impression que nous allons en chier. Un mélange d’excitation et d’appréhension. Pour Julie, c’est un vrai challenge, sa première randonnée. Elle aime marcher, mais là c’est tout de même différent. Moi ? La seule vrai randonnée que j’ai fais est celle de la Vallée de Campao non loin de Salvador de Bahia au Brésil, mais seulement pour 4 jours. L’entraînement ? Nous n’en n’avons aucun ou alors très peu.

Le Velib, ça compte ? Trêve de plaisanteries, nous ne pouvons plus reculer. En même temps quel en serait l’intérêt? Le temps est splendide et parfait pour randonner. Selon le topo guide, qui sera notre bible pendant une semaine, il est inutile de faire les deux premières heures de marche, sans grand intérêt. Autant prendre le téléphérique et commencer « doucement ». Le coût en revanche me laisse un peu perplexe (13.2 euros juste pour la montée, 25 euros pour un aller/retour).

 

Des débuts difficiles

 

Col de Voza, la vue est déjà splendide et nos premières minutes de marche débutent. Sac mal équilibré pour Julie ou tout simplement trop lourd? Avec pas mal de nourritures, nous sommes trop chargés, c’est une certitude! Mais si le poids fait défaut au bout de 30 minutes, qu’est-ce que ça va être dans 7 jours ? Nous devons faire avec, impossible de faire demi tour. Un nouveau réglage du sac semble la soulager. Après 1h15 de marche, nous arrivons à Bionassay. Pile poil dans les temps. Petit village fort sympathique. Les hauteurs ne sont pas encore là, une route pour le moment relativement facile. Pas de gros dénivelé, pas d’ascension en vue. Mais cela ne devrait pas durer.

La montée est timide vers Champel. Si vous avez le topo guide du Mont Blanc, sachez que Tresse n’est pas indiqué et qu’il faut prendre la direction de la Villette puis Clusaz. Nous nous sommes un peu loupés sur cette portion, alors que tout était bien indiqué. 12h30, nous jetons nos sacs, comme pour protester du poids sur notre dos et prendre notre 1er repas de trekkeurs qui se respectent: pâté, fromage, pain Waza et compote. Le début d’une longue série… Sur la route, vous pourrez admirer des petites gorges et cascades. A partir de là, la grimpette commence.

Un endroit boueux qui nous ravit (Ironie quand tu nous tiens). Je reste bouche bée devant les vélos qui prennent ce sentier … J’en serais incapable. Pour le moment, rien de bien méchant, je m’attends à en chier bien plus dans les jours à venir. Contrairement à Julie, préférant savoir ce qui l’attend, je m’efforce de ne pas trop lire le Topo Guide pour avoir la surprise.

 

Notre premier bivouac : Une pluie menaçante

 

Arrivés aux Contamines, Notre Dame de Gorge n’est plus très loin. Nous sommes essoufflés mais sans plus. Le passage près du camping des Pontets est très sympathique, avec un chemin  très reposant. Du golf, du badminton, des cours de tennis, une piscine … Dommage que nous devions aller un peu plus loin pour bivouaquer. Puis, nous comprenons que la galère commence. Se dresse devant nous une belle montée dans les roches et les gros cailloux, paraissant assez rude … Petite pose photo et hydratation avant d’en découdre. Nous montons à notre rythme. C’est dur et nous comprenons alors l’importance du mental quand le physique n’est plus intact. En chemin, nous faisons connaissance de Thomas, bivouaquant comme nous et que nous reverrons tout au long de cette semaine. Le Bivouac n’est plus très loin, plus que 15 minutes … Première fois que nous posons notre tente. Comme un bizutage, il pleut des cordes … Pas facile de se faire à manger dans ses conditions. De plus, le terrain est loin d’être plat. Mais au vue de la gratuité, on va s’en contenter pour cette fois.

La première journée se termine, Julie est épuisée. Je suis fier d’elle! Une fois emmitouflés dans nos sacs de couchage, elle me confie non sans doute, que si le Tour du Mont Blanc c’est ça, elle n’est pas sûre d’y arriver. Je n’y crois pas une seule seconde. C’est juste son manque d’expérience et de confiance en elle qui l’a trahit. Moi, je suis convaincu que ce Tour du Mont Blanc, on va l’affronter de face et le finir.

 

A bout de souffle

 

6h, debout. Et oui en rando, la grasse matinée n’est pas de mise. En même temps, en ce couchant à 20h, ce n’est pas étonnant. Les courbatures sont bien là et ne font que commencer! Un moment que je n’en avais pas eu de telles.La Balme nous attend (1709 m d’altitude), la montée est continue, le souffle est déjà mis à l’épreuve, mais ce n’est rien à côté de ce qui nous attend. Mon réflex trônant sur le côté droit de mon sac est souvent de sortie. Je ne peux pas laisser cette nature tranquille, la vue est de plus en plus belle. Il faut dire que nous avons pris de la hauteur. Nous profitons de cette magnifique vue, le ciel est dégagé au Plan des Dames. Les points de ravitaillements en eau sont nombreux, est-ce que ça veut dire que nous allons réellement commencer à en chier? Affirmatif mon cher Watson. The show must goes on.

La montée dans les rochers vers le col du Bonhomme est rude, une des plus difficiles selon les guides de montagnes rencontrés en chemin. Surtout avec une dizaine de kilos sur le dos. Julie est à bout de souffle, je l’aide comme je peux. Je la pousse à peine, pour qu’elle soit fière de ce qu’elle est en train d’accomplir. Jamais elle n’aurait pensé faire ce genre de chose. Je ne peux pas dire que je ne suis pas fatigué, c’est faux. J’ai juste un second souffle me permettant de l’aider dans cette épreuve. Il ne reste qu’une cinquantaine de mètre. Nous y sommes! HOURRA. Julie n’arrive pas à apprécier la vue tellement la fatigue est présente. Ce col du Bonhomme va la hanter un bon moment. Il commence à faire froid, il faut dire que nous sommes à 2225 m d’altitude. Le moment est propice pour une petite pause barre de céréales et fruits secs, youpi!

 

Une descente vertigineuse

 

Mais la journée est loin d’être finie. Direction la Croix du Bonhomme où se trouve une auberge à 2329 m d’altitude. Les passages sont étroits, et aucun de nous deux n’a vérifié l’état de nos sacs. Les matelas sont attachés juste avec les sangles… Et voilà… Ça nous apprendra. Le matelas auto-gonflant de Julie accroché à mon sac tombe … Evidemment il ne tombe pas n’importe où. Nous le regardons rebondir, rebondir et encore rebondir. A vue d’œil, je dirais qu’il est tombé 500 m plus bas. Pour preuve, nous n’arrivons pas à voir où il est. Bon, il est forcément en bas … Comme si je n’étais pas assez fatigué. Julie ne veut pas que je descende, elle me dit que ce n’est que matériel. Le problème c’est qu’il reste 8 jours de randonnée et qu’elle ne va pas dormir à même le sol, c’est hors de question. La descente vertigineuse commence. Seul Julie peut comprendre ce que j’ai vécu … Une peur bleue que je ne lui ai jamais avoué. Je mettrais plus de 45 minutes à descendre, en la laissant au bord du chemin, plus haut avec mon sac à dos … et l’inquiétude…

Les passages sont très étroits et l’éboulement de pierres se fait petit à petit. Je m’assois pour descendre, impossible de tenir debout. Si je le fais, ma vie est en danger. Je pourrais glisser et me tuer. A mi chemin, je vois le sac ! Un énorme cri sort de ma bouche : YESSSSSSSSSSSSSSSSSSSS PUTAINNNNN YESSSSSSSSSSSSS. Malheureusement, ma descente est loin d’être terminée. Je reprends mon souffle, j’ai du mal à respirer. Ce sentiment est très rare, mais j’ai peur de ne pas revenir. Les touristes me voient et pensent sûrement que je suis un professionnel de la descente … J’aimerais bien, mais ce n’est pas le cas. Mon pied glisse, je me rattrape à la seul pierre que je peux chopper. Vivement que ça se termine.

Je mets enfin un premier pied au sol. Je me pose deux minutes, j’en ai chié. Je tente de crier pour alerter Julie de ma bonne santé. Pas sûr qu’elle m’entende. Je récupère le matelas et remonte sans attendre. Julie est rassurée … Tout va pour le mieux. Enfin presque, le matelas est troué. Conséquence direct de la chute. Ma déception ne tarde pas à se manifester, tout ça pour rien, enfin presque rien. J’espère trouver une solution dans la journée … A l’approche de la Croix du Bonhomme, une horde de moutons nous regardent. Ils ont l’habitude de voir du monde et s’approchent doucement.  Au refuge de la Croix du Bonhomme, j’ai une idée. A l’Auberge, on me donne gentiment 3 rustines, ça fera l’affaire pour l’instant. La vue est somptueuse … Je reste sans voix. Mais 15 minutes plus tard, les nuages se mêlent au paysage … Nous sommes arrivés à temps!

 

En descendant, la fatigue se fait ressentir. Deux chutes partout … Balle au centre. Un pantalon troué pour Julie, un genou et un coude bien esquinté pour moi. Un stop est essentiel pour retrouver ses esprits. La pluie n’aura pas arrangé le terrain. Il nous reste peu de temps avant de rejoindre le bivouac des Chappieux. Une bonne nuit de sommeil nous fera le plus grand bien. Rien de bien compliqué en soit, mais les descentes usent mes genoux. Le décor est somptueux, j’ai comme l’impression d’être en Nouvelle Zélande. Ça y est le Bivouac n’est pas loin, nous pouvons le voir. Une guide nous affirme qu’il ne nous reste plus que 20 minutes. Elle nous encourage et nous félicite lorsque nous lui disons que c’est notre premier « vrai » trek en bivouac. Elle nous affirme que le Tour du Mont Blanc en refuge et en bivouac, avec tous le matériel sur le dos n’est pas le même! 20 minutes, pas une de plus et nous voilà arrivés. Tout va pour le mieux, un repos bien mérité. Sauf que … la cartouche de gaz se finit. Techniquement, ce n’est pas vraiment un soucis. Sauf que Julie s’est trompé dans la taille. Ça se complique … Fort heureusement, un couple de Marseillais, garé en camping car, adorables, se proposent de nous chauffer notre repas. Le mari a fait le Tour du Mont Blanc il y a maintenant quelques années, et partagent ses souvenirs avec grand plaisir. Ils nous offrent même un verre de Rosé Corse. Sans eux, nul doute que la soirée n’aurait pas été aussi bonne.

 

La montée de trop ?

 

8h40 notre bus démarre. Aujourd’hui, c’est l’Italie! Au petit déjeuner, thé et barres de céréales … Une alimentation tellement variée avec barre de céréales, fruits secs, barres de céréales, fruits secs et enfin barres de céréales, fruits secs ! 9h10 nous voilà au Parking des Montets. Cela nous a évité 2h de marche … Le sommeil nous manquait quelque peu, c’était la meilleure des solutions. Quelques vaillants marcheront très tôt en passant par la ville des Glaciers.  La première grosse difficulté de la journée se dresse devant nous. Probablement pas la seul … Le Col de Seigne, à plus de 2500 m d’altitude, un gros dénivelé positif en 2h de temps. La guide, rencontrée la veille, nous avait pourtant assurée que le Col du Bonhomme était le plus rude. Je ne remettrais pas sa parole en doute, Julie m’en empêche … Mais permettez moi d’en douter.

La première demi-heure est trompeuse car bien trop plate, avant d’enchaîner des lacets interminables. Nous croisons une nouvelle fois la guide que nous avions croisés la veille. Décidément nos routes se croisent. Je me souviens encore de son affirmation de la veille : « Faire le Tour du Mont Blanc en Bivouac et le faire en refuge avec le minimum, ça n’a rien à voir. Seul ceux qui ont 15 kg sur le dos peuvent comprendre ce que vous vivez réellement. » 1h de marche, les pauses s’imposent. 2h, toujours pas au sommet, nous sommes au-delà des estimations. Une demi heure plus tard, nous y sommes, je n’en pouvais plus. La plus grosse difficulté des 3 jours pour moi. Par contre en haut, c’est la grosse récompense : le Mont Blanc. L’endroit rêvé pour se restaurer. La descente se révèle être bien plus simple que la montée, mais pour les genoux le supplice continue. Le côté Italien est une pure merveille … Nous ne pouvons pas lutter. Tous les randonneurs sont d’accord avec ça.

 

La prochaine étape c’est le Refuge Elisabetta, l’un des plus beaux du parcours. Nous croisons notre première marmotte avec son petit, un vrai moment de bonheur. La route se poursuit, la descente n’est pas trop compliquée. Cependant les difficultés ne vont pas tarder à arriver. Avant la montée terrible vers Courmayeur et la possibilité de prendre un téléphérique, nous rencontrons des endroits d’exception, comme par exemple le lac de Combal, d’un bleu étincelant.

Arrive un moment crucial, choisir comment nous rendre à Courmayeur. Vu l’heure nous hésitons mais croyons en nous. Nous attaquons alors cette montée terrible. Si nous allons assez vite, nous pourrons raccourcir notre parcours avec un télésiège à l’arrivée. Nous nous accrochons, vraiment. Sur le chemin, nous rencontrons un randonneur italien, nous affirmant que le chemin est encore long, et que vu l’heure nous ferions mieux de faire demi-tour… Nos organismes sont mis à rude épreuve et les pleurs de Julie me font comprendre que l’ascension était peut être celle de trop. Nous l’écoutons et après demi tour et une bonne heure de marche, nous rejoignons un arrêt de bus dans une petite commune de Courmayeur. Déçu, nous n’avons malgré tout pas de regret, au moins nous aurons essayé! Puis, ce n’est pas comme si la journée n’avait pas été riche en émotions. Dans le bus, Julie hurle : « Tiens un camping ». Chose obligatoire dans cette vallée car le bivouac est interdit. Une aubaine car dans ce même camping nous trouvons une cartouche de gaz!! Notre première douche et notre premier restaurant, au pied des montagnes. Pas de doute, nous allons bien dormir. Des fois, les choses les plus simples nous rendent tellement heureux. Demain, direction le Grand Col Ferret.

 

L’épopée Italo Suisse

 

20 minutes de Bus vers Courmayeur, nous sommes bien seul. En même temps, il est 7h48 du matin. A deux minutes près, nous ne l’aurions pas eu. La ville n’est pas particulièrement jolie, mais après tout a t-on vraiment le choix ? Oui on pourrait pu marcher mais notre étape commencera à Arpnouva! Ca y est 9h deuxième bus … Un groupe rentre avec une accompagnatrice relativement hautaine. Tout ce que je n’aime pas … La tenue n’est pas adéquat, ils sont juste la pour prendre en photo le Mont Blanc et rien d’autre. Le goût de l’effort ? Hein c’est quoi ?

 

Quand nous sortons, je me dis la chose suivante : « Eh ben ça va pas être de la tarte ». Ben, j’avais vu juste, c’est pas de la tarte mais ma forme physique est proche de l’excellence. Je ne souffre pas dans les montées … Je m’y habitue peut-être enfin. Julie gère également mieux son effort. C’est quand même moins éprouvant que le col de Seigne pour moi … Julie a encore ce foutu col du Bonhomme en tête. Chacun ses démons ! 2h30 plus tard, et non s’en s’être arrêté au refuge intermédiaire pour immortaliser ce magnifique panorama, nous sommes au sommet. La plus belle vue depuis le début de notre périple. Impossible de quitter les lieux si vite, l’endroit rêvé pour déjeuner. Nous sommes fières d’être là et profitons de chaque montagne.

Après une dizaine de minutes de descente, le moment est venu pour moi de soutenir Julie. Son genou lui fait terriblement mal. Je ne peux vraiment rien lui reprocher,  j’ai assez souffert des genoux dans le passé pour comprendre. La seule solution d’urgence que je trouve, est d’alléger son sac et de m’infliger un bon kilo et demi supplémentaire avec tente et popote.  Julie est inquiète pour mon dos et mes genoux, je fais mine de ne pas voir la différence, elle est pourtant notable. Serrons les dents et avançons, en faisant mine de ne pas entendre « Redonne moi quelque chose ». Désormais c’est tout en descente. Nous voyons, au fur et à mesure de nos pas, les paysages changés avec des montagnes bien plus vertes et arrondies. Et sans le savoir, nous arrivons en Suisse, à l’alpage de la Peule, un endroit charmant et typique. Certains randonneurs font le choix de dormir ici, bien trop accro à notre tente, nous décidons d’avancer jusqu’au prochain bivouac.

 

La descente vers la Fouly, sur une route goudronnée, est peu agréable mais c’est un passage obligatoire. Nous voilà devant un dilemme. Impossible de trouver le bivouac indiqué sur le topo guide. Julie pense à gauche, moi je suis plutôt pour aller à droite. J’ai le dernier mot, comme d’habitude (Pourvu qu’elle ne lise pas cette article …). Au final, nous nous renseignons auprès de l’office du tourisme de la Fouly, où nous apprenons que le bivouac est interdit sur le territoire Suisse. Tiens donc… Le fameux bivouac autorisé n’existe donc pas. Pas le choix, ce soir, se sera le camping des Glaciers. Le prix n’est pas exorbitant (25 euros pour deux avec une tente dite moyenne) pour le standing de ce camping, avec une vue splendide au pied du glacier. Puis n’oublions pas, nous sommes en Suisse! Il est maintenant l’heure de laver notre linge. Problème … je n’ai pas le moindre franc suisse pour faire marcher cette foutue machine. Finalement, j’irais à la dernière minute, échanger quelques euros à l’accueil. Après un repas consommé au chaud en compagnie des autres randonneurs, il est temps d’aller dormir sous une pluie battante. Espérons que demain sera une journée ensoleillée! Tout ceux ayant laissé leur linge à l’extérieur, devrait avoir une belle surprise.

 

Pliage de tente, emballage des matelas et sac de couchage, nous sommes devenus experts dans le rangement de notre équipement. 9h, le temps a changé et c’est tant mieux. Comme nous bivouaquons, nous sommes obligés de prévoir notre couchage. Et aujourd’hui se sera finalement une petite étape en direction de Champex-Lac, ce qui nous permettra de nous détendre un peu. La route de 2h20 vers Praz le Fort n’est pas la plus attrayante, loin de là. Un passage dans la forêt et un embranchement. Gauche ou droite ? Nous choisissons le chemin de gauche. Evidemment, 10 minutes plus tard, nous nous rendons compte qu’il est bien plus compliqué … On monte pour redescendre! Que voulez-vous, quand on aime la galère, on aime la galère et puis c’est tout. Après une énormeeeeee ligne droite, nous foulons enfin la ville de Praz le Fort avec ses beaux chalets en bois, ainsi que quelques charmants villages suisses. Notre préféré ? Le hameau typique d’Arlaches, non loin d’Issert.

La dernière étape est la montée vers Champex Lac. Et devinez quoi? Et bien cette montée cache bien son jeu. Le dénivelé n’est pas immense mais les lacets nous usent. Des sculptures en bois sur le chemin, représentant animaux et champignons à ne pas consommer , nous distraient. Plus d’une heure de marche et des panneaux relativement rares. Ça grimpe, grimpe et grimpe encore mais toujours pas de Champex. Des américains partagent notre parcours. Je sens la fierté de Julie lorsqu’elle parvient à les dépasser. Se dire que nous allons plus vite que deux grands gaillards c’est valorisant! Champex, surnommé le petit Canada, se dresse enfin devant nous, encore quelques pas et nous voyons ce formidable lac entre les montagnes. Nous méritons bien une récompense non? Une énorme glace devant ce beau paysage, là-voici notre récompense. Un camping faisant une offre pour les randonneurs du TMB, nous séduit. Comment ne pas résister à une bonne douche chaude? 15h30, nous avons enfin le temps de profiter. Je m’écroule, le soleil tape sur mon crane. Julie, en attendant installe la tente. Je devrais avoir honte, mais au final non !

Les prix sont exorbitants lorsque l’on s’aventure dans le mini supermarché de Champex. Pas de doute, nous sommes bien en Suisse. Mais comme une envie de s’échapper du traditionnel soupe,  riz, fruits secs. Ce soir, c’est pinard, fromage, jambon et tartes aux framboises. Je n’oserais parler du vin tellement il était infecte. La pluie vient déranger notre doux moment de partage, hop vite dans la tente. Demain est un autre jour, on espère que le soleil pointera le bout de son nez.

 

 Un bivouac so Friendly

 

La pluie ne s’arrête pas. Déjeunons, préparons nos fringues, nous verrons bien si le temps change. La fenêtre de l’Arpette me tentait bien mais avec le temps autant faire une croix dessus. 8h, pas le choix, il faut partir sous une pluie fine, accompagné de Thomas (randonneur rencontré dès le premier jour). 30 minutes pour rejoindre Champex d’en Haut mais pas beaucoup de panneaux pour nous indiquer le chemin. La Suisse est bien moins balisé que la France, mais un peu mieux que l’Italie. Sur la route, nous rencontrons notre premier Saint Bernard, d’un calme olympien, il nous regarde puis se rendort. Thomas nous quitte, car il utilise un autre itinéraire, et que son rythme est bien plus soutenu. Désormais c’est plus de 2h qui nous attendent et un dénivelé positif de plus de 700 mètres.

Parfois couvert, parfois dégagé, le ciel n’a de cesse de nous surprendre. La montée se passe plutôt bien, comme si nos jambes se faisaient petit à petit. 1987 m d’altitude, Bovine et son charmant alpage. La typicité du coin nous donne tout de suite le ton. La famille qui tient l’alpage est charmante, la bière est bonne et la vue magnifique. Après un bref pique-nique, la descente commence vers le Peuty pour un bivouac peu coûteux (car oui, en Suisse tout se paye). Aucun panneau dans la descente, impossible de savoir si c’est le bon chemin. Julie m’affirme qu’elle reconnait les arbres décrient dans le topo guide … Je la crois sur parole, n’étant pas capable de faire la différence entre un sapin et un bouleau (j’exagère à peine …). Une heure plus tard, la descente se poursuit, non sans donner du fil à retordre à nos pauvres genoux. La genouillère qu’a acheté Julie la veille se verra fort utile dès le premier jour. Car cette descente fait mal, le chemin n’est pas tracé.

 

Le Col de la Forclaz est atteint après 2h de descente. On aura mis un temps fou. Juste le temps de s’arrêter pour manger une glace. Il n’est pas tard, mais nous préférons aller au bivouac afin de s’avancer un peu, tant que la fatigue n’est pas excessive. Une nouvelle descente … j’aurais préféré monter, car en théorie tout ce qu’on descend on va bien le remonter demain … La descente est l’une des pires que nous ayons connu jusqu’à présent. Des lacets interminables et très raide… Court mais intense! Le supplice se termine enfin, lorsque nous entrons dans la petite ville de Trient avec sa petite église rose. Avant de poser notre tente, à 15 minutes de là, nous nous renseignons sur les bus. La portion de demain est trop importante, vu le temps qu’il nous reste, il nous faut faire des choix malheureusement. Demain, il faudra se lever tôt. En attendant, après un énième montage de tente, nous profitons de notre soirée telle une bonne bande de potes. Nous retrouvons Thomas et le couple que nous avions rencontrés ce matin en faisant notre sac. Les fous rires s’enchaînent lorsque chacun raconte ses anecdotes. Nous rigolons quant la femme dit à son mari « J’en ai marre de tes fruits sec !!!  » Elle le dit avec le sourire et bonne humeur, mais je doute fort qu’elle rechignerait devant une bonne tartiflette ! La nuit tombe, nous rentrons dans notre tente grand luxe qui fait la moitié de toutes les tentes qui sont parquées ici!

 

 Le Lac Blanc : Entre peur et enchantement

 

Pour aller voir le lac blanc et c’est notre souhait le plus cher de la journée, il nous faut emprunter un bus au plus vite pour gagner un peu de temps. Mais au final, se ne sera pas un véritable succès. Il faut bien des ratés. Après 30 minutes de marche, nous loupons l’embranchement entamant l’ascension vers le Lac Blanc. Demi-tour, décidément nous ne sommes pas réveillés… Pour l’instant le plat rythmait notre journée, mais la montée qui nous attend semble être bien plus importante que ce que j’avais pensé. Pas le choix, hors de question de reculer.

 

Les lacets s’enchaînent relativement vite, je reste étonné de me sentir aussi bien. Je gère bien mon effort et Julie me suis sans problème. Plus nous montons, plus reprendre son souffle devient difficile. Sur le chemin, nous voyons notre premier bouquetin! Il est magnifique et très peu craintif. Le seul point négatif, c’est cette abrutie d’Américaine, qui lui court après pour le prendre en photo … Il se fond magnifiquement dans la nature. Arrivés à ce que nous pensions être le but, c’est en faite juste un embranchement, soit nous continuons vers le lac blanc, soit nous attaquons la descente vers la Flégère, où nous bivouaquerons ce soir.  Julie en a marre, elle me dit d’y aller et que ne nous rejoindrons ce soir. Des pleurs, des cris, des incompréhensions. Je ne veux pas qu’elle se dise plus tard qu’elle a abandonné. La seule solution pour moi, c’est de la pousser dans ses derniers retranchements. Elle me dit, que je ne peux pas comprendre, qu’elle est à bout. On s’arrête toutes les 10 minutes, je prends sur moi. La médiation est la meilleure des méthodes, et je m’y emplois ardemment.

Julie me reparle de ses doutes, du fait qu’elle n’y arrivera pas. Impensable pour moi. Ais- je raison ? Est-elle réellement à bout de force? Impossible pour le moment d’en avoir le fin mot. Nous avançons après de nombreuses hésitations. La raison de sa peur ? Les échelles à gravir contre la paroi amenant au lac Blanc. C’est vrai que d’en bas, elles sont tout de même impressionnantes! Et avec une quinzaine de kilos sur le dos, le poids peut nous jouer des tours. Elle a juste à me faire confiance, je serais derrière elle ! Une fois là haut, elle est fière, je le vois dans ses yeux. La splendide vue sur ce merveilleux lac nous fait oublier ces mésaventures. Un petit moment à deux près de ce lieu, chargé d’histoire! Il arrive que ce lac reste gelé même en été ! Pour nous il sera juste d’une couleur splendide avec les montagnes reflétant dedans! Depuis ses rives, nous avons une vue sur le massif du Mont Blanc ! Laissons nous un peu de temps avec les Aiguilles rouges juste en face de nous.

 

La descente est bien moins agréable, car aucun chemin n’est réellement tracé. Ici on a de la pierre, de la pierre et encore de la pierre. Nos genoux en prennent encore un sacré coup, malgré une attention toute particulière. A l’arrivée, nous retrouvons une nouvelle fois Thomas. Le bivouac est installé. Le soleil se couche, l’occasion pour moi de prendre de belles photos ! Notre dernière nuit dans ce magnifique tour du Mont Blanc. La dernière étape se passera dès demain matin, le panorama du Mont Blanc visible depuis le Col de Brevent, LA cerise sur le gâteau ! Avant tout ça, devinez quoi? Une soupe, du riz et des fruits secs. On ne change pas une équipe qui gagne !

 

L’ultime étape : Un brouillard, un crève cœur …

 

La flotte bat son plein, comme si c’était le moment. Bordel, ça s’arrête quand. Je ne tiens plus en place, j’ai envie d’en découdre avec le Brévent … Nous avons hâte de voir d’autres bouquetins et ce magnifique Panorama. 7h … impossible de sortir, 8h, nos sacs sont prêts, la pluie se calme mais le brouillard est omniprésent, on ne voit pas au delà de 3 mètres. Pas facile pour avancer, ça en devient même dangereux. Je suis bougon, de très très mauvaise humeur. Si Julie prenait possession de mon PC elle dirait que j’étais invivable … Mon comportement n’est en aucun cas admirable, et je le sais. Mais la frustration est telle , que je ne parviens pas à la cacher.

Nous attendons un peu, j’ai toujours cet espoir. Impossible pour Julie de me consoler, j’envois tout valser. Le brouillard va bien s’en aller un jour … Le problème c’est que ce jour c’est le dernier ! Nous ne pouvons pas nous permettre de nous reposer et repartir demain. Après consultation de la météo auprès du refuge, il faut se rendre à l’évidence, la journée est foutue … Impossible de continuer, de toute façon, nous ne verrions rien du tout une fois là-haut. On va devoir emprunter le téléphérique et rejoindre Chamonix. Je suis inconsolable, j’ai la triste impression de revivre la déception de Torres Del Paine. Que dis-je… cette déconvenue est bien supérieure à l’épisode Chilien.

 

Une fois dans le téléphérique, la guide nous avoue que l’été a été très mauvais ici. Pas vraiment de quoi me consoler. On aurait pu essayer d’aller au Brévent dans l’après-midi, mais le temps est vraiment pourri. L’espoir n’est plus permis. Je m’excuse timidement de m’être comporté ainsi auprès de Julie. Elle a pu voir ma déception, mais n’y était bien entendu pour rien. Elle me dit que chacun a eu ses moments difficiles.

Après 30 minutes de marche, Chamonix et son glacier d’Argentière.  La ville peut être parfois étouffante, et la langue la plus parlée ici est le Russe (j’abuse à peine). Petit déjeuner, magasins et achat de Diots vin blanc et crozets (une première pour moi), afin de festoyer le soir ce Tour du Mont Blanc et raconter notre épopée aux parents de Julie. Le train du Mont Blanc nous ramène paisiblement vers Annecy. Un retour à la civilisation nous attend et surtout un bon lit!

Julie me confiera que cette semaine aura été exceptionnelle. Je le pense aussi, il manque juste la cerise sur la montagne !  Mais je suis extrêmement fier du parcours que nous avons entrepris. Elle peut être fière de ce qu’elle a fait, moi je le suis. C’était sa première randonnée, et elle s’en est très bien sortie. Bien sûr, comme elle le dit, elle aurait pu aller un peu plus vite. Mais qu’est-ce qu’on s’en fou franchement ! J’ai adoré partager cette expérience avec elle. Partir 8 jours, dans une tente minuscule, puer, galérer, c’est un très bon test pour un couple. Cela nous a également permis de voir que chacun était là pour l’autre, capable de se motiver mutuellement.

En ce qui me concerne, c’est une véritable révélation. J’ai envie d’en découdre avec d’autres treks … Et si possible effectuer mon premier sommet à plus de 3000 m. Je ne pensais pas que ce serait si compliqué. Mais après coup, les galères ont rendues ce trek encore plus fabuleux. La descente au Col du Bonhomme aussi dangereuse soit-elle, est un de mes plus beaux souvenirs. Oui, je sais, c’était  sûrement, complètement stupide ! Mais jamais je n’avais eu une telle adrénaline. Je comprends ceux qui disent que le TMB est l’une des plus belles randonnées, en tout cas c’est un panorama valant le détour.

 

Des paysages à couper le souffle, des panoramas de dingue, une différence notable entre les pays, le bon balisage général, la diversité, la facilité de ravitaillement et de logement (Bivouac, Campings, Refuges). La foule présente n’est pas plus dérangeante que cela, il y a de la place! En revanche, les descentes de vélo si … Cela reste dangereux pour eux (Un d’entres eux a failli tomber du mauvais côté), ainsi que pour les marcheurs.

Qui sait, peut être que c’est le premier trek d’une longue lignée. Le prochain ? Je n’en aucune idée, peut être en Europe, ou peut être beaucoup plus loin!

 

 

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14 Commentaires

Laura HANTZ

Laura HANTZ

9 décembre 2014

Très belle aventure!
Ah je rêve de faire avec mon mari!

On rêve de faire un trekk à Hawai dans les montagnes!

Mais avant on va se contenter d'une petite rando bien sympa et s'entrainer encore un peu hein

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Mike

Mike

9 décembre 2014

Il y a tellement de rando en France. On a l'embarras du choix ! Je rêve d'Hawaii aussi !

Ollie - Some Steps Away

Ollie - Some Steps Away

11 décembre 2014

Superbe et surtout bravo ! Vous me donnez plein d'idées de rando mais je ne pense pas être capable de le faire en une seule fois :)

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Mike

Mike

14 décembre 2014

Je ne pensais pas en être capable non plus à vrai dire :)

olivier

olivier

29 avril 2015

Une bien belle aventure ! Pour moi, c'est la meilleure rando à faire :-)

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Mike

Mike

29 avril 2015

Je sais pas si c'est la meilleure, car toutes les randos ont un charme unique. Mais en tout cas, c'etait notre première rando longue et c'était le pied :)

Tatiana

Tatiana

17 juillet 2015

Wouaaaa ! Quel article ! Romain et moi envisageons de faire le TBM début septembre en bivouac. Nous nous demandions combien vous a couté votre rando et si vous avez une idée des prix des repas en refuge et de l'achat de quelques denrées. Aussi, il y a-t-il des petites épiceries dans les villages traversés ou à proximité du sentier ?

En tout cas, nous partons bientôt pour le GR 30. Premier trek en bivouac pour nous après plusieurs treks au Népal en lodge.

p.s.: désolée pour le doublon mais je n'avais pas vu qu'il était possible de mettre un "vrai" commentaire avant de laisser celui sur FB

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Mike

Mike

20 juillet 2015

La rando ne nous a pas coûté grand chose. On a démarré des Houches, donc juste un covoit depuis Annecy. Après on a fait que du bivouac, jamais de refuges. On a un peu plus galérer car en bivouac intégrale c'est quand même pas pareil ...

Oui vous pouvez acheter quelques denrées sans aucun problème par exemple à Courmayeur ou encore Champex Lac (très mais alors très très cher).

On a du partir avec près de 35 kg à deux dès le début de l'aventure et c'est très lourd ! Allégez vous au max si vous n'avez pas l'habitude. A la fin c'était purement du mental ^^

David

David

17 août 2015

Bonjour Mike,

À titre d’information, quel topo guide avez-vous utilisé ?

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Mike

Mike

25 août 2015

Nous avons pris celui là : http://livre.fnac.com/a2610214/Collectif-Tour-pedestre-du-pays-du-Mont-Blanc?oref=00000000-0000-0000-0000-000000000000&Origin=SEA_GOOGLE_PLA_BOOKS&adhce=crtdcvrt2014&mckv=KRyyA6un_dc&pcrid=68196259223&ectrans=1&gclid=CJHAnNLExMcCFSMcwwodc94Nvg

Il comporte des micros erreurs mais on s'en sort facilement :)

yvonne

yvonne

5 août 2018

Bonjour
élicitations surtout sans expérience et en autonomie.
Ca m encourage je pars le faire en septembre avec des amis en refuge
bonne continuation
ivone

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